NICOLAS SARKOZY SOUTIENT LE MAROC SUR LA QUESTION SAHRAOUIE
Ces derniers mois, notamment depuis juillet après l’annulation par le roi du Maroc de la visite de Nicolas Sarkozy qui avait choisi d’aller d’abord en Algérie, certains observateurs pensaient que le nouveau président de la République française allait rompre avec la politique de Jacques Chirac, allié inconditionnel du Maroc, concernant la question sahraouie.
Bien qu’aucune preuve ne soit venue étayer leurs analyses, ils s’étaient auto- persuadés que Nicolas
Sarkozy allait inaugurer un rééquilibrage de la vision française du dossier du Sahara occidental avec une
position plus proche de la légalité internationale.
Quelle naïveté ou quel aveuglement ! La visite officielle de Nicolas Sarkozy au Maroc fin octobre a mis les pendules à l’heure. Il s’est « inscrit en droite ligne de la position de l’ancien président Jacques Chirac soutenant la souveraineté marocaine sur cette région », a souligné l’agence de presse marocaine MAP.
Effectivement, le président Sarkozy a apporté son soutien sans réserve à l’initiative marocaine d’autonomie comme « base de négociation pour la recherche d’un règlement raisonnable ». « La France sera à vos côtés », a-t-il lancé devant les membres du Parlement dont le président Mustapha Mansouri n’a pas caché sa satisfaction : « Nous avons enregistré cette position ferme en matière d’encouragement de l’initiative marocaine d’autonomie ».
Pour les observateurs avertis, le soutien public et officiel de Nicolas Sarkozy à la marocanité du Sahara
occidental n’est pas une surprise. Il suffit de se rappeler la position de l’UMP, quand il en était le président, qui avait jugé ce plan d’autonomie « très constructif ». Au cours de son voyage à Tunis en juillet, il avait déclaré devant des journalistes : « Il n’y a pas l’ombre d’une brouille avec le Maroc. Sur le fond, il n’y a pas de changement de la position de la France sur le Sahara ». Aujourd’hui, à la tête de l’Etat français, Nicolas Sarkozy est soucieux comme ses prédécesseurs de défendre les intérêts commerciaux et financiers des firmes françaises installées au Maroc ou exportatrices. Accompagné de dizaines de patrons, il a signé des contrats commerciaux pour trois milliards d’euros. Comme l’a souligné le député Jean-Paul Lecoq le 8 novembre à l’Assemblée Nationale : « Pour le gouvernement, le marché l’emporte largement sur les droits humains, le commerce l’emporte sur l’autodétermination ».
Bien qu’il se soit engagé à « promouvoir les libertés et les droits de l’homme sur la scène internationale », Nicolas Sarkozy a une vision sélective des droits de l’homme. Dans certains pays « amis », il ne voit pas les manifestations protestant contre la répression et n’entend pas les plaintes des prisonniers politiques. Ce qui ne l’a pas empêché le 13 novembre au Parlement européen d’appeler l’Europe à être aux côtés de « toute femme opprimée, tout enfant martyrisé, tout homme persécuté, tout peuple asservi »…, sauf les femmes, les enfants, les hommes et le peuple sahraouis qui luttent et résistent depuis trente deux ans à l’occupation marocaine.
En apportant son soutien inconditionnel au plan marocain d’autonomie, qui n’est pas une nouveauté mais un simple retour à la « case départ » comme le souligne à juste raison la déclaration finale de la 33e Conférence internationale de soutien au peuple sahraoui, Nicolas Sarkozy bafoue le droit international en évacuant totalement le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Ce droit, pourtant reconnu par la Charte des Nations unies (le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes) et par toutes les résolutions des Nations unies sur la question sahraouie est au coeur des négociations directes entre le Maroc et le Front Polisario qui se sont ouvertes sous l’égide des Nations unies.
Dans cette situation, le CORELSO juge essentiel de poursuivre et d’intensifier ses actions en priorité
auprès du gouvernement français pour la mise en oeuvre d’une politique étrangère respectueuse du droit international. En s’appuyant sur la lettre commune de dix associations à Nicolas Sarkozy, le CORELSO s’adressera aux associations de défense des droits de l’homme mais aussi aux organisations syndicales et partis politiques pour qu’ils s’engagent plus activement pour la protection des populations sahraouies victimes de la répression et pour l’application d’un référendum d'autodétermination.